Le 24 février 2026 , publié dans Actualités de la Réserve Programmes de suivis scientifiques
À vos jumelles : repérez les oiseaux bagués et équipés de balises GPS sur le Bassin !
Dans le cadre de deux études initiées cet hiver, le Parc naturel marin réalise des campagnes de baguage, avec des bagueurs certifiés, afin d’équiper plusieurs espèces de limicoles de balises GPS. Ce suivi individuel et continu par télémétrie, renvoyant une position GPS toutes les heures au minimum, permet d’obtenir une vision fine et inédite de l’utilisation de l’estran par les oiseaux.
Trois courlis ont ainsi récemment été équipés de ces balises à la Réserve ornithologique du Teich. Ce grand limicole, pouvant atteindre jusqu’à un mètre d’envergure, se distingue par un bec caractéristique, long et recourbé vers le bas (à ne pas confondre avec le courlis corlieu, espèce beaucoup plus rare sur le Bassin). Le courlis cendré porte un plumage gris-brun la majeure partie de l’année.
Les individus arrivent sur le Bassin à partir de la mi-juin depuis leur zone de reproduction située en Europe du Nord (nord de la Scandinavie et de l’Ukraine) pour y passer l’hiver. Ce sont les femelles qui arrivent en premier, suivies des mâles puis des juvéniles. Le Bassin d’Arcachon constitue le principal site d’hivernage pour les courlis cendrés en Aquitaine, accueillant des effectifs dépassant les 2000 individus (2459 individus recensés lors du dernier comptage Wetland du 19 janvier dernier).
Les courlis cendrés se nourrissent d’annélides (vers) présents dans la vase, comme la très célèbre arénicole des pêcheurs (Arenicola marina), de gastéropodes comme la gibbule ombiliquée ou encore de petits crabes comme le crabe vert ou le crabe Dyspanopeus sayi, sa proie favorite sur le Bassin.


Des courlis cendrés qui font fi des marées et de l’estran !
Les premières données GPS des oiseaux équipés sur le Bassin permettent de découvrir des comportements jusqu’alors insoupçonnés, comme ce courlis qui passe une grande partie de la journée dans des champs à Gujan-Mestras, faisant fi du rythme des marées. On observe grâce au trajet GPS qu’il s’y rend chaque jour de 8h à 16h, et revient ensuite chaque soir à la Réserve ornithologique du Teich, où d’autres courlis s’alimentant sur d’autres secteurs y passent aussi la nuit.
Cette découverte est tout à fait inédite sur le Bassin car on pensait jusqu’alors que tous les oiseaux vivaient au rythme des marées, se déplaçant sur les vasières découvertes à marée basse pour s’alimenter et regagnant à marée haute les sites de reposoir à proximité (réserve ornithologique, banc d’Arguin, Île aux Oiseaux, prés salés de Gujan-Mestras et d’Arès ou encore baie de Lanton). Mais ce comportement n’est finalement pas si surprenant : les champs et prairies inondés abritent également de nombreuses proies et font pleinement partie de l’écologie de l’espèce.

Dès la fin du mois, cet individu quittera certainement la région pour aller nicher et passer la saison de reproduction dans de lointaines contrées plus au nord. La balise GPS nous permettra ainsi de le suivre et de savoir où il ira se reproduire : peut-être nous surprendra-t-il aussi et nichera en France dans une prairie ou une lande basse non loin de là, à quelques centaines de kilomètres ! S’il n’est pas prédaté, il est très probable que cet individu revienne l’hiver prochain pour une nouvelle saison d’hivernage sur le Bassin. Nous pourrons alors observer s’il conserve les mêmes habitudes ou s’il se reporte sur d’autres zones d’alimentation et de reposoir. Ces balises GPS nous permettent ainsi de collecter de précieuses informations sur les comportements de ces oiseaux, leurs domaines vitaux et les habitats qu’ils privilégient, afin de mieux les préserver à long terme.
Ces campagnes de baguage se réalisent dans le cadre de programmes personnels validés par le MNHN/CRBPO : le programme « FONPAL » (Fonctionnalité des aires protégées pour les limicoles et pour les anatidés) d’Emmanuel Joyeux – OFB et « COURLIS » de Pierrick Bocher – Université de la Rochelle.
Pour aller plus loin :
🖊️ Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon – Février 2026
