Le 14 août 2026 , publié dans Actualités ornithologiques
Une nouvelle ressource alimentaire pour les barges rousses en halte dans la mer des Wadden
Près de 40 000 barges rousses (𝐿𝑖𝑚𝑜𝑠𝑎 𝑙𝑎𝑝𝑝𝑜𝑛𝑖𝑐𝑎 𝑡𝑎𝑦𝑚𝑦𝑟𝑒𝑛𝑠𝑖𝑠) se sont rassemblées en mai 2026 à Balgzand, dans la mer des Wadden, pour se nourrir avant de poursuivre leur migration vers la Sibérie. Jusqu’ici, le régime alimentaire de ces oiseaux était principalement composé de vers, mais une étude du centre de recherche BirdEyes et de l’Institut royal néerlandais de recherche marine (NIOZ) a montré un comportement inhabituel : les barges rousses se sont mises à consommer des corophies (𝐶𝑜𝑟𝑜𝑝ℎ𝑖𝑢𝑚 𝑠𝑝𝑝.) en très grande quantité.
Des analyses des déjections et de sélection des ressources ont établis que les femelles, avec leur bec plus long, ont continué de se nourrir sur les zones riches en vers de vase (𝐴𝑟𝑒𝑛𝑖𝑐𝑜𝑙𝑎 𝑠𝑝.) et en vers marins (𝑁𝑒𝑟𝑒𝑖𝑠 𝑠𝑝𝑝.), tandis que les mâles se sont mis à chercher leurs proies sur des zones d’eaux moins profondes, riches en corophies, où ils consomment plus de proies qu’à leur habitude.
Cette nouvelle stratégie alimentaire pourrait être liée aux effets du changement climatique. Après leur arrivée d’Afrique, les barges rousses ne disposent que de quelques semaines dans la mer des Wadden pour reconstituer leurs réserves de graisse avant d’entreprendre les 4 000 km qui les séparent de leurs zones de reproduction. Avec la fonte de plus en plus précoce de la neige dans l’Arctique, les conditions favorables à la reproduction apparaissent plus tôt, contraignant les oiseaux à accélérer leur migration en se ravitaillant plus rapidement et plus efficacement.

Barge rousse à la recherche de nourriture dans la mer des Wadden © Jan van de Kam
Face à un tel défi, les corophies peuvent-elles réellement permettre aux oiseaux de s’adapter ?
Les estimations du taux d’ingestion montrent que les mâles parviennent difficilement à atteindre leurs besoins énergétiques avec ce régime. Les chercheurs suggèrent qu’un changement récent dans la période d’abondance des corophies pourrait avoir permis aux barges rousses et à d’autres limicoles d’exploiter davantage cette ressource, mais plusieurs incertitudes demeurent. Les corophies étaient-elles déjà présentes les années précédentes ? Les proies habituellement consommées par les barges sont-elles devenues moins abondantes ou moins nutritives ?
On ignore encore dans quelle mesure l’exploitation opportuniste de nouvelles proies, elles-mêmes sujettes à des variations phénologiques, peut aider les limicoles migrateurs à faire face à la réduction de leur temps d’alimentation en halte migratoire.
Avec plus de 10% de la population mondiale de barges rousses, le site de Balgzand offre, selon le Dr Bom, un spectacle aussi magnifique que révélateur : « Depuis la digue, on peut observer les barges rousses sans les déranger. C’est aussi là qu’on ressent l’urgence de la situation. Ces oiseaux travaillent sans relâche, jusqu’à 12 heures par jour, pour constituer d’importantes réserves de graisse en quelques semaines seulement. »
L’étude complète est à découvrir ici, en anglais :
🔎👉 Time-stressed Bar-tailed Godwits exploit novel prey during migratory fuelling
