Tromelin : un refuge pour les oiseaux marins dans l’océan indien

Le 23 octobre 2026 , publié dans Actualités de la Réserve

📍 Tromelin, îles Éparses, Terres australes et antarctiques françaises
📏 Distance de la Réserve ornithologique du Teich : 8 684 km
🪶 Principales espèces d’oiseaux : Fou à pieds rouges, Fou masqué, Sterne fuligineuse, Sterne blanche, Tournepierre à collier, Noddi brun, Noddi marianne, Puffin du pacifique
📸 Témoignage et photographies : Amélie Garcia, agent environnement

 

Après avoir suivi la nidification des oiseaux limicoles et des laridés, conçu la clé de détermination des classes d’âge chez l’Échasse blanche et travaillé pendant plus d’un an à l’élaboration du nouveau Plan de Gestion de la Réserve ornithologique du Teich, Amélie Garcia s’est envolée vers de nouvelles missions au cœur des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

Arrivée sur l’île de La Réunion au mois de juin, elle a embarqué sur le patrouilleur polaire L’Astrolabe pour une traversée de 24h avant d’être héliportée sur l’île corallienne de Tromelin, au large de Madagascar.

Géré par les Terres australes et antarctiques françaises, ce petit bout de terre d’à peine 1 kilomètre carré ne culmine qu’à 7 mètres de haut. Des veloutiers, du pourpier, quelques cocotiers battus par les vents, une plage de sable blanc et l’immensité de l’océan dessinent chaque matin dans ce modeste paradis un décor pourtant digne des plus grandes aventures.

 


Arrivée sur Tromelin ©A. Garcia – TAAF

Ici, les humains se comptent sur le doigt d’une main. Une base de vie composée de seulement quelques bâtiments accueille le personnel qui effectue sur l’île des rotations de 3 mois. Les équipes ne sont composées que de 4 personnes : un(e) chef(fe) de mission, un(e) agent de l’environnement, un(e) infirmier(ère) et un(e) agent(e) technique. Du matériel et de la nourriture sont déposés périodiquement par le célèbre navire ravitailleur des Terres australes et antarctiques françaises, le Marion Dufresne.

La direction de l’Environnement des TAAF opère sur les îles Éparses des suivis de sites de reproduction et des projets de restauration pour la préservation des espèces d’oiseaux marins à l’échelle de l’océan Indien. Les agents en mission à Tromelin sont responsables de la gestion des habitats naturels, de l’entretien de la station météo, de la récolte des déchets échoués sur les plages et du suivi rigoureux de la faune.*

 


Amélie Garcia comptant les nids d’oiseaux nicheurs sur Tromelin © TAAF

Pour Amélie, agent de l’environnement, les journées sont bien remplies. Elle et son binôme effectuent à tour de rôle des rotations de 3 mois pour surveiller les colonies d’oiseaux marins et les populations de tortues vertes (Chelonia mydas) : « Un des suivis phares de ma première mission a été le suivi de la population de Fou à pieds rouges, qui niche essentiellement sur les veloutiers. Un suivi exhaustif est réalisé sur l’île tous les 2 ans. J’ai parcouru toute l’île pour dénombrer les nids au stade d’incubation et d’élevage. J’ai compté 2 291 couples nicheurs, soit environ 15% de plus qu’en 2024. Les populations d’oiseaux nicheurs augmentent à Tromelin depuis le succès d’opérations de dératisation menées en 2005 pour les rats et en 2023 pour les souris. Certaines espèces nicheuses ont même commencé à recoloniser l’île. La Gygis blanche (ou Sterne blanche) est de retour depuis 2014, le Noddi marianne depuis 2020, le Noddi brun depuis 2015 et le Puffin du pacifique depuis 2017. »

 

 
Fou à pieds rouges dans les veloutiers, Tromelin ©A. Garcia – TAAF


Gygis blanche, Tromelin ©A. Garcia – TAAF


Noddi marianne, Tromelin ©A. Garcia – TAAF

 

Pour suivre les tortues, l’équipe a été formée à la reconnaissance des traces dans le sable. Les traces laissées par les tortues retournant à la mer sont relevées à tour de rôle tous les jours. « Une fois par semaine, je remonte la trace descendante et vérifie s’il y a eu ponte ou non. Même si le pic de ponte se situe durant l’été austral, entre novembre et février, chaque matin est l’occasion d’observer des tortues en train de pondre ou l’émergence de petites tortues. Depuis le début du recensement des traces en 1985, la tendance de la population de tortues sur Tromelin est à la hausse. Au pic de reproduction, on compte environ 1 100 femelles nicheuses. En plus du recensement par les traces, les tortues observées sont photographiées pour être identifiées. Des photos des écailles présentes sur les faces du visage sont transmises à l’observatoire Kélonia, partenaire scientifique du suivi des tortues. »


Tortues vertes, Tromelin ©A. Garcia – TAAF

 

Au cours de ses trois premiers mois de mission, Amélie a été le témoin d’une observation remarquable : un Phaéton à brins rouges et son petit ! « L’espèce n’avait plus niché sur l’île depuis 150 ans ! Sa découverte amène à 8 espèces le nombre d’oiseaux marins nicheurs sur Tromelin. C’est très encourageant, car le caractère philopatrique de l’espèce, c’est-à-dire sa tendance à revenir sur son lieu de naissance, laisse espérer de nouvelles reproductions. »


Phaéton à brins rouges et son petit, Tromelin ©A. Garcia – TAAF

 

De ce premier séjour, Amélie revient émerveillée par tout ce que Tromelin a à offrir : « L’île est petite en taille, mais grande en émotions. Les couleurs, les ambiances et les observations souvent impromptues d’émergences ou de pontes chez les tortues, d’éclosions de poussins, de comportements de nourrissage ou d’alimentation sont uniques et imprègnent chaque jour le lieu d’une certaine magie. »

 


Île de Tromelin ©A. Garcia – TAAF

 

Au-delà des données récoltées, Amélie et ses collègues contribuent à l’entretien des milieux avec la mise en pratique de ramassages scientifiques pour mesurer et analyser la pollution plastique déposée sur les plages par les courants marins.

Depuis le succès du projet de dératisation nommé RECI (Restauration des écosystèmes insulaires de l’océan Indien), un dispositif contre les rongeurs et une stratégie de biosécurité ont été mis en place pour réduire les risques d’introduction et de dissémination d’espèces invasives. Ces mesures ont notamment permis de favoriser la diversité et l’abondance des oiseaux marins nicheurs, mais aussi l’expression des espèces végétales et des communautés d’arthropodes. Diverses actions de lutte contre les espèces exotiques envahissantes végétales, comme la Rougette (Euphorbia prostrata) ou le Lépidium (Lepidium englerianum), viennent renforcer la préservation des milieux.

 

 

Dans ce cadre si unique, chaque agent peut aussi être appelé à participer à des actions de valorisation du patrimoine naturel et de préservation de l’héritage historique, avec notamment une commémoration exceptionnelle à l’occasion du 250e anniversaire du sauvetage des naufragés malgaches de L’Utile.

Dans la nuit du 31 juillet 1761, L’Utile, navire de la Compagnie française des Indes orientales, fait naufrage sur l’île. À son bord se trouvent notamment 160 personnes réduites en esclavage, embarquées à Madagascar et destinées à être vendues à l’île de France, l’actuelle île Maurice.

Après le naufrage, une soixantaine de Malgaches survivent. L’équipage français construit une embarcation de fortune et quitte l’île le 27 septembre 1761, laissant les naufragés malgaches sur place avec la promesse de revenir les chercher. Une promesse qui ne sera jamais tenue.

Commencent alors quinze années de survie sur cet îlot isolé, dépourvu d’arbres et balayé par les vents. Pour survivre, les naufragés parviennent à conserver le feu, à s’approvisionner en eau et à se nourrir notamment de tortues, d’oiseaux marins et de poissons. Ils construisent des abris en blocs de corail et fabriquent des outils à partir des vestiges de l’épave. Les campagnes archéologiques menées entre 2006 et 2013 ont permis de retrouver les traces de cette organisation collective et de mieux comprendre leurs conditions de vie.

Ce n’est que le 29 novembre 1776 que Jacques-Marie Lanuguy de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, parvient à secourir les huit derniers survivants : sept femmes et un nourrisson de huit mois. L’île prendra par la suite le nom de Tromelin.

 


Ancre du navire échoué L’Utile, Tromelin ©A. Garcia – TAAF

 

 

Pour aller plus loin

– TAAF – Les îles Éparses
– TAAF – Conservation des îles Éparses
– TAAF – Livret d’identification de la faune des TAAF
– CBNM – Introduction à la flore vasculaire terrestre de Tromelin
– Vidéo – Être agent environnement à Tromelin
– Le Blob – documentaire Les esclaves oubliés de l’île Tromelin, avec Max Guérout
– Podcasts – « La tragique épopée des esclaves abandonnés au XVIIIème siècle, sur l’île Tromelin »
– Roman – Les Naufragés de l’île Tromelin, d’Irène Frain
– Bande annonce – « 1000 heures à Tromelin »
– INRAP – Tromelin, un territoire hostile
– Kélonia – Observatoire des tortues marines de La Réunion

 

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